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Régionales : un programme numérique solide sera nécessaire face au risque d’”uberisation” des Régions

landfried.junb_.jpgdrouet.jpgDepuis que le terme “ubérisation” est rentré dans les discussions économiques, les managers d’entreprises confient leur crainte de voir leur société “ubérisée”. Ce phénomène décrirait l’érosion d’une structure intermédiaire face à la mise en relation directe des individus entre-eux, via une nouvelle plateforme intermédiaire s’appuyant sur les outils numériques. Cet empowerment du collectif réinterroge les entités traditionnelles dont la plus-value en termes de service n’était pas à la hauteur des attentes des consommateurs.

Si elle ne saisissent pas rapidement les enjeux du numérique, les régions risquent elles aussi de subir cette érosion de pouvoir et de légitimité, du fait de deux facteurs conjugués. D’une part la réorganisation complète des administrations due aux réformes territoriales risque de créer un long moment de transition et donc d’immobilisme. D’autre part, des acteurs territoriaux, surtout les villes, se saisissent de plus en plus des enjeux de gouvernance numérique comme l’open data ou les débats participatifs. Les régions s’agrandissent et doivent de fait recréer leur identité et leur image auprès des citoyens. Le numérique peut-être un puissant levier pour cela, à activer sans attendre, au risque de se voir court-circuiter des relations élu - citoyen à cet échelon local.

 

Pour une vision politique du numérique

Le discours politique s’empare trop souvent d’un discours « marketing » du numérique, qui vient masquer un manque de vision sur les enjeux politiques du numérique : comment renouveler les relations entre l’Etat et les citoyens ? Comment intégrer les logiques collaboratives aux infrastructures publiques ? Des questions d’autant plus prégnantes que les derniers volets de la modernisation des collectivités territoriales imposent aux régions de proposer, pour les prochaines élections, un programme économique, social et politique du numérique.

  • Modernisation de l’Etat & Open Data : avec la Loi NOTRe, l’open data devient presque une norme et implique de mettre en place une vraie stratégie de libération des données ; quel rôle peut avoir la région dans l’accompagnement des autres collectivités territoriales face à ces nouvelles obligations ? Comment transformer la donnée en outil de redistribution du pouvoir aux citoyens ?
  • Développement de l’écosystème numérique : avec l’enjeu du numérique comme relais de croissance économique en investissant les zones urbaines pour rapprocher les acteurs privés, universitaires et les jeunes entreprises innovantes
  • Égalité des territoires et aménagement des territoires ruraux : l’agrandissement des régions pose l’épineuse question de la fracture territoriale ; phénomène que le numérique accentue par ailleurs avec ses logiques de clusters. Aussi, la région doit pouvoir envisager les outils numériques pour recréer un fonctionnement horizontal entre les individus, via des plateformes numériques, afin que les citoyens co-construisent les communs aptes à recréer du lien au sein des périphéries.

Les réponses à ces différents défis doivent bien sûr dépendre de la couleur politique du candidat et de la spécificité de la région. La campagne électorale est un moment de pédagogie où il est possible de décrypter les enjeux politiques derrière les sujets techniques. Pour que les élections régionales tiennent cette promesse sur le numérique, il faut que les équipes régionales se dotent très rapidement de responsables de programme sur les sujets numériques (à ne pas confondre avec les pilotes de la campagne en ligne) et développent une vision politique de ces enjeux. Le think tank Renaissance Numérique suivra ces évolutions de près et dévoilera en octobre puis en novembre, ses propositions pour un projet de politiques numériques régional cohérent et reconnecté avec les citoyens ainsi qu’une évaluation des programmes proposés par les candidats.

 

Groupe de travail “Régionales 2015” de Renaissance Numérique :

  • Maxime Drouet, Directeur du département digital chez Burson-Marsteller i&e. France
  • Julien Landfried, Associé du pôle influence, Publicis Consultants

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