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"La Suisse : un modèle pour notre Industrie du futur"

Par Godefroy Jordan, vice-président de Renaissance Numérique, président et co-fondateur de StartingDot

 

 

 

Alors que ce 20 juillet au matin, Emmanuel Macron lançait l’alliance de l’ "industrie du futur" pour la transformation numérique des fleurons industriels français, il est intéressant d’examiner le modèle suisse, où le numérique n’est pas un enjeu de transition mais vient renforcer les processus d’innovation et de croissance industriels mis en place par les acteurs économiques du pays. L'informatique et l'Internet sont des moyens, mis au service d'une stratégie de renforcement des capacités industrielles et de la compétitivité.

En 2014, les trois quarts des investissements helvétiques dans l'innovation ont été destinés à des projets liés à la santé et au bien-être, concentrés dans un cluster désormais célèbre baptisé Health Valley, localisé autour de l'arc lémanique : ces efforts soutiennent l’industrie pharmaceutique, qui constitue la première branche exportatrice de l'économie suisse (32 % de l’ensemble des exportations suisses).

Peu de start-up suisses positionnées sur des ruptures d'usage BtoC ont émergé au plan international. Chez nous, les stars du web-entreprenariat sont des fondateurs de sites de service ou de e-commerce. En Suisse, les entrepreneurs des secteurs innovants restent dans l'ombre et sont pour la plupart des industriels.

 

Les trois piliers de l'innovation suisse

La culture de l'innovation suisse repose sur trois piliers :

  • La propriété intellectuelle d'abord. Avant de penser à commercialiser et industrialiser, toute start-up helvétique travaille à protéger son invention. En Suisse les innovations se traduisent systématiquement par des brevets. Dans ce domaine, la Suisse occupe le haut du classement mondial, si l’on considère le nombre de brevets par poste de travail.
  • En second lieu, le recours quasi-systématique à des partenariats industriels entre start-up et grandes entreprises, qui s’illustre particulièrement dans le secteur de la santé. Ce type de collaboration induit un bénéfice mutuel : les acteurs établis trouvent auprès des start-up les dernières innovations souvent difficiles à faire émerger au sein de grosses structures.
  • Enfin des mécanismes bien rodés de financement public/privé : le relativement faible dynamisme du capital risque privé d'amorçage est compensé par les moyens importants dont disposent les incubateurs des principaux clusters et par les fonds publics apportés aux start-up par la CTI (l’équivalent suisse de la BPI en somme). Lorsque les projets deviennent importants, les entrepreneurs suisses ont pu jusqu’à présent compter sur des investisseurs étrangers pour pallier le manque de capital disponible, l'étape suivante étant la relocalisation à l'étranger ou la revente rapide à un grand groupe.

 

L'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, un vivier de start-up

L'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne est un centre de gravité de l'innovation helvétique depuis dix ans : en 2014, les start-up de ce cluster emblématique n’ont jamais autant levé de fonds (200 millions de francs suisses). Un vivier important de start-up s'épanouit sur l'immense campus de l'EPFL, dont les forces vives illustrent le tropisme industriel du pays, à l'instar de OsmoBlue (conversion de la chaleur en électricité dans les sites de production industrielle), Fyability (drones spécialisés dans l'inspection industrielle et le secours), 1Drop Diagnostics (puce microfluidique de diagnostic médical), LESS Optics (système d'éclairage innovant à partir de la fibre optique), Bright Sensors (capteurs haute précision pour la qualité du gaz naturel) et Qloudlab (système d'analyse du sang à partir d'un smartphone). Cette dynamique s'autoalimente, les jeunes étudiants étant de plus en plus nombreux à oser entreprendre : 5,5 % des étudiants diplômés de l'EPFL enchainent par la création d'une start-up (contre 3 % des diplômés de notre Ecole polytechnique).

 

Un système qui pousse les grands groupes à racheter les start-ups

Ce modèle suisse d'innovation n'a qu'une seule limite : les fortes synergies d'emblée mises en place entre start-up et grands groupes favorisent la récupération rapide des premières par les secondes. L'innovation irrigue et renforce les champions nationaux, mais il se crée moins de nouvelles "gazelles".

Lors de sa visite en Suisse en avril 2015, François Hollande avait déclaré : "Il y a un miracle suisse, un secret qui n'est pas bancaire et qui est, quant à lui, indestructible : la capacité de transférer la création dans des entreprises. Les ministres français n'ont qu'à copier."

La recette du modèle l'innovation helvétique n'est pas un secret et le think tank Renaissance Numérique en publie quelques ressorts dans son dernier rapport "Suisse : l’innovation sans la disruption". Dans les quelques propositions que nous y formulons, nous soulignons que ce modèle est assez facilement imitable chez nous, à condition de lever deux freins culturels : d'une part la mauvaise image du secteur privé et des entreprises encore trop largement cultivée dans les centres de recherche académiques ; d'autre part l'insuffisante visibilité médiatique et valorisation de l'innovation industrielle et technologique.

 

Lire la tribune sur le site de L'Usine Digitale

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